Dans son article, Me Fernando Belton démontre que le profilage racial est une pratique discriminatoire qui repose sur une inversion fondamentale entre la cause (doctrines racistes et préjugés) et ses conséquences (réponse pénale et judiciaire disproportionnée). Historiquement, l'association entre les personnes racisées et la criminalité ne découle pas d'une réalité objective, mais d'une construction idéologique héritée de l'esclavage et du colonialisme.

L’analyse de Me Fernando Belton permet d'affirmer que les préjugés et les doctrines racistes sont bien performatifs, au sens où ils créent la réalité qu'ils prétendent simplement décrire. 

L'auteur utilise des données probantes pour illustrer les mécanismes de cette inversion :

  • L'idéologie comme moteur de la surveillance : Le profilage racial puise ses racines dans des stéréotypes persistants associant les personnes racisées à la dangerosité. Cette "sur-surveillance" policière est illustrée par le cas de la lutte contre les incivilités à Montréal (vagabondage, crachats, etc.), où un rapport de 2011 de la Commission des droits de la personne a confirmé que les personnes racisées étaient touchées de façon disproportionnée par ces réglementations par rapport aux personnes blanches.

  • La production statistique des disparités : L'inversion de la causalité est frappante dans les données sur le trafic de stupéfiants : à Toronto (1992-1993), alors que les personnes noires ne représentaient que 3,7 % de la population, elles constituaient 60 % des admissions en prison pour des crimes reliés au trafic de stupéfiants. Cette disproportion ne reflète pas une criminalité accrue, mais bien le résultat d'une surveillance accrue et de l'application d'un profilage "type".

En somme, Me Belton souligne que le système de justice canadien peine à reconnaître que le profilage agit comme une prophétie autoréalisatrice. Les doctrines racistes provoquent une répression policière ciblée, dont les conséquences pénales sont ensuite interprétées à tort comme la preuve de la dangerosité des groupes visés, masquant ainsi l'origine discriminatoire de l'intervention.

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